Pas à Pas Software

En 2024, 174 824 hospitalisations et environ 20 000 décès (estimation provisoire) ont été liés à une chute chez les personnes de 65 ans et plus en France. Entre 2019 et 2024, le taux standardisé d’hospitalisations a augmenté de 20,5 % et celui de la mortalité de 18 % (Santé publique France, bulletin Chutes, mars 2026).

Le plan antichute 2022-2024 visait pourtant à réduire de 20 % les chutes mortelles et invalidantes en trois ans (ministère des Solidarités, synthèse au 28 février 2023). Ce décalage appelle une précaution : selon la décomposition de Santé publique France, la hausse de la mortalité tient surtout à une probabilité plus élevée que la chute soit mentionnée sur le certificat de décès. Une partie de l’évolution reflète donc peut-être une meilleure déclaration, pas seulement plus de chutes mortelles.

Voici, de façon synthétique, ce qui est en place et ce qui reste à construire.

Ce qui est fait

  • Un socle de recommandations établi. La HAS recommande depuis 2005 une évaluation multifactorielle et interdisciplinaire (grade A) (HAS, 2005) et a précisé en 2009 la démarche pour les chutes répétées, avec recherche systématique des facteurs de risque et tests validés (HAS, 2009). L’expertise collective de l’Inserm recommande une évaluation au moins annuelle du risque de chute pour toute personne âgée, et avant toute première prescription de psychotrope (Inserm).
  • Un plan national et des premières réalisations. Au 28 février 2023, le ministère recensait notamment un arrêté du 24 octobre 2022 permettant aux infirmiers de repérer le risque de chute, l’adaptation d’environ 25 700 logements par la CNAV en 2022 et l’information de 214 000 personnes par l’Agirc-Arrco (synthèse du plan).
  • Un volet activité physique actualisé. La HAS a publié en 2024 une recommandation sur la prescription d’activité physique pour les personnes âgées à risque de chute (HAS, 2024).

Ce qu’il reste à faire

  • Rendre l’évaluation multifactorielle praticable au quotidien. Elle suppose de croiser plusieurs sources : bilans, observations de terrain, traitements, environnement. Or la DREES décrit des équipes d’EHPAD dont la charge de travail s’est alourdie, avec des tâches recentrées sur le soin (DREES). La question n’est pas celle de la compétence, mais du temps et des outils disponibles pour recouper ces informations.
  • Finaliser les chantiers du plan. La synthèse de février 2023 classait encore « à faire » l’autodiagnostic sur Mon Espace Santé, des modules de formation interdisciplinaires, une campagne nationale de communication et les textes d’application de la loi du 2 mars 2022 sur la prescription d’activité physique (synthèse du plan).
  • Mieux mesurer ce qui se passe en établissement. Le bulletin de Santé publique France ne présente pas de chiffres selon le lieu de la chute, domicile ou établissement. Pourtant, limiter l’impact des chutes passe d’abord par savoir où et pourquoi elles surviennent. Le coût annuel est estimé à près de 2 milliards d’euros.
  • Actualiser les repères d’évaluation. Les textes HAS de référence sur l’évaluation du risque et la démarche multifactorielle datent de 2005-2006 et de 2009, alors que les profils de résidents ont évolué. Identifier les principaux facteurs de risque reste le point de départ, mais ils se combinent différemment d’un résident à l’autre.

Le regard d’un kinésithérapeute en EHPAD

En tant que kinésithérapeute en EHPAD, la principale difficulté que je rencontre est de ne pas parvenir à croiser efficacement les données de mes patients. Cela s’explique de plusieurs manières :

  • les données sont collectées par différents soignants et souvent tracées à différents endroits ;
  • même lorsque j’ai accès à toutes les données, il est difficile, voire presque impossible, de pondérer à sa juste valeur chaque élément, tant les facteurs à prendre en compte sont nombreux ;
  • le temps est un facteur très problématique : par principe, il faudrait organiser des réunions pluridisciplinaires pour discuter du cas de chaque patient, mais ce n’est pas possible en réalité. L’état des patients fluctuant rapidement en EHPAD, il faudrait même des réunions très régulières pour chacun, et nous n’en avons tout simplement pas le temps.

S’ajoutent d’autres difficultés, qui surviennent après l’analyse :

  • le suivi des actions de prévention et l’analyse de leur impact à travers des chiffres concrets ;
  • le choix simple des actions les plus efficaces selon l’association de déficiences : on sait faire pour trois ou quatre déficiences établies, mais quand il y en a dix, quinze ou vingt, qui s’influencent les unes les autres, cela devient beaucoup plus compliqué ;
  • la « traduction » des déficiences dans le langage de chaque professionnel : chacun ayant un rôle, il faut transformer les déficiences en actions sans équivoque, puis s’assurer qu’elles sont bien transmises et mises en place.

Conclusion : des recommandations solides, une application à consolider

Les recommandations convergent : évaluer de façon multifactorielle, agir, puis réévaluer. L’enjeu des prochaines années est de rendre cette démarche praticable au quotidien dans les établissements, avec le temps et les outils nécessaires.

C’est dans cet esprit que nous avons conçu Pas à Pas Software comme un parcours complet plutôt qu’un outil de mesure isolé : l’aide-soignant (observations du quotidien), l’infirmier (facteurs médicaux du risque) et le rééducateur (neuf bilans validés) alimentent et consultent une même base, avec des exercices ciblés, un suivi des progrès dans le temps et un plan d’action par point faible. Concrètement, cela répond à trois des points relevés plus haut :

  • Recouper les facteurs. Chaussage et comportement observés par les aides-soignants, médication, nycturie, dénutrition et hypotension suivies par les infirmiers, équilibre, force et marche évalués par les rééducateurs : ces informations sont croisées dans une même base, chaque métier la consultant dans son propre langage professionnel.
  • Reconstituer après une chute. L’historique complet (bilans, observations, facteurs médicaux) est recroisé sur l’ensemble des familles de facteurs pour faire ressortir les plus probables, sous forme d’hypothèses objectivées. Le kinésithérapeute peut alors réorienter ses exercices. C’est un travail rarement mené de façon exhaustive en pratique, faute de temps et de centralisation entre métiers.
  • Garder la trace de la démarche. Ce qui a fait progresser un résident reste en mémoire, comparable et transmissible entre équipes, même en cas de changement de poste ou d’absence. La preuve de la démarche de prévention est disponible directement pour un contrôle de l’ARS ou une échéance de CPOM, plutôt qu’à reconstituer sous pression. Le cadre de santé ou l’IDEC dispose en plus d’une vue d’ensemble du risque de chute à l’échelle de l’établissement, pour prioriser les ressources.

L’outil ne décide de rien seul et ne remplace personne. Chaque action proposée est validée par le professionnel en charge de la compétence concernée : le kinésithérapeute pour les exercices, l’infirmier pour les facteurs médicaux, le médecin pour les prescriptions. Décider devient plus sûr avec plus d’informations, et c’est le professionnel qui gagne en impact.

Pour voir comment cela peut s’intégrer à votre établissement, vous pouvez demander un devis.

Article rédigé par Bastien Klepper-Bertrand, masseur-kinésithérapeute en gériatrie et créateur de Pas à Pas Software.

Sources citées dans l’article

1. Santé publique France — Chutes, bulletin national (12 mars 2026) — https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/bullnat_chutes_20260316.pdf

2. Ministère des Solidarités — Plan antichute des personnes âgées 2022-2024, volet national, état au 28 février 2023 — https://solidarites.gouv.fr/sites/solidarite/files/2023-03/Synth%C3%A8se%20du%20plan%20national%20antichute%20au%2028%20f%C3%A9vrier%202023.pdf

3. HAS — Prévention des chutes accidentelles chez la personne âgée (2005, mise à jour 2006) — https://www.has-sante.fr/jcms/c_272503/fr/prevention-des-chutes-accidentelles-chez-la-personne-agee

4. HAS — Évaluation et prise en charge des personnes âgées faisant des chutes répétées (2009) — https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2009-06/chutes_repetees_personnes_agees_-_recommandations.pdf

5. HAS — Personnes âgées à risque de chute, prescription d’activité physique (synthèse, 2024) — https://www.has-sante.fr/jcms/p_3506172/fr/synthese-aps-personnes-agees-a-risque-de-chute

6. Inserm — Activité physique et prévention des chutes chez les personnes âgées, recommandations (2015) — https://ipubli.inserm.fr/bitstream/handle/10608/6807/Recommandations.html

7. DREES — Des conditions de travail en Ehpad vécues comme difficiles par des personnels très engagés — https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications/les-dossiers-de-la-drees/des-conditions-de-travail-en-ehpad-vecues-comme-difficiles