
Lorsqu’un proche entre en établissement ou commence une prise en charge de prévention des chutes, les familles posent presque toujours les mêmes questions.
Est-ce qu’il va mieux ? Pourquoi fait-on ces exercices ? Pourquoi a-t-on mis en place telle aide technique ? Les séances de kinésithérapie sont-elles efficaces ? Quel est le risque aujourd’hui par rapport à celui observé au début de la prise en charge ?
Pour les professionnels, les réponses existent : elles sont dans les bilans, les observations et le suivi quotidien du résident.
Mais pour une famille, ces informations restent difficiles à interpréter lorsqu’elles sont dispersées entre plusieurs documents et plusieurs intervenants.
C’est précisément là qu’un logiciel de prévention des chutes apporte une vraie plus-value : transformer une succession de bilans et d’actions en une trajectoire compréhensible de l’évolution du patient.
C’est d’ailleurs une situation que nous rencontrons souvent en tant que soignants en Ehpad, je peux par exemple prendre le cas d’une patiente pour laquelle j’ai pu réaliser une évaluation sur Pas à Pas avec son fils.
Les différentes interfaces m’ont permis de :
- expliquer à son fils où en était sa maman dans sa rééducation
- montrer les déficiences
- montrer les progrès déjà réalisés grâce à notre courbe de progrès
- lui proposer des exercices à réaliser avec sa maman et surtout lui montrer quels items ces exercices allaient améliorer
Un bilan isolé ne raconte pas toute l’histoire
La prévention des chutes ne repose pas sur une seule donnée.
La situation d’un résident peut être évaluée à travers différents bilans : équilibre, vitesse de marche, force des membres inférieurs, mobilité fonctionnelle, antécédents de chute, environnement, autonomie ou capacité à réaliser certaines activités. Nous avons d’ailleurs écrit un article sur le sujet : top-10-des-risques-de-chute-guide-ehpad-domicile.
C’est précisément ce croisement de facteurs intrinsèques et extrinsèques que la Haute Autorité de Santé recommande d’évaluer de façon multifactorielle et interdisciplinaire (HAS, Prévention des chutes accidentelles chez la personne âgée).
Ces informations permettent d’identifier les facteurs susceptibles d’augmenter le risque de chute. Mais le plus important est souvent de comprendre l’évolution de ces facteurs dans le temps.
Un patient peut, par exemple, conserver un score global relativement stable tout en améliorant nettement sa vitesse de marche. À l’inverse, un score général peut sembler satisfaisant alors qu’une composante particulière se dégrade.
Le suivi longitudinal permet donc de passer de la simple photographie à une véritable courbe d’évolution.
Montrer une courbe de progression plutôt qu’un chiffre
Pour une famille, un chiffre seul est rarement parlant.
Dire qu’un patient obtient 8/12 à un test aujourd’hui contre 6/12 quelques mois plus tôt nécessite encore une explication.
Une représentation graphique permet de visualiser immédiatement :
- le niveau initial
- les évaluations intermédiaires
- les améliorations
- les périodes de stagnation
- les éventuelles régressions
- les objectifs travaillés
- les actions mises en place
La courbe devient alors un outil de communication. Elle permet au professionnel d’expliquer non seulement où en est le patient, mais aussi comment il en est arrivé là.
Relier les bilans aux séances réalisées
La valeur d’un logiciel ne réside pas uniquement dans la conservation des résultats. L’enjeu est de relier les données observées aux interventions réalisées.
Un exemple concret :
Constat : difficulté à se relever d’une chaise. Interprétation : faiblesse des membres inférieurs pouvant limiter certaines situations fonctionnelles. Action : travail de renforcement et d’exercices de transferts. Réévaluation : amélioration du temps nécessaire pour réaliser le mouvement.
Ce raisonnement est essentiel : il permet de répondre à une question que les familles se posent naturellement — « pourquoi fait-on tout cela ? »
Le logiciel aide à rendre visible cette chaîne logique : évaluation → analyse → action → réévaluation → évolution.
Le cas de ma patiente est particulièrement parlant ici. Avant son entrée en Ehpad elle chutait beaucoup, c’était une inquiétude majeure pour son fils. Dès le premier jour nous avons pu la bilanter, et ainsi étudier ses déficiences majeures grâce aux données croisées par l’outil et à mon expérience clinique. J’ai ensuite pu choisir la voie à emprunter ainsi que les exercices à mettre en place pour cibler ce qui avait le plus de chances d’être un facteur majeur. Plusieurs séances après, j’ai réévalué la patiente sur la base des mêmes critères et des mêmes pondérations (d’autres éléments ont d’ailleurs été corrigés par mes confrères et consœurs : médication, chaussage, etc.). J’ai pu tout d’abord montrer tout cela à son fils, et surtout l’objectiver avec des chiffres et des courbes.
Cette objectivation des résultats, et surtout l’analyse d’impact des différentes actions a permis au fils de mieux comprendre tout l’enchainement, d’y voir plus clair, et de quantifier les progrès réellement réalisés.
Expliquer pourquoi certaines actions sont mises en place
La prévention des chutes mobilise de nombreuses interventions : modification de l’environnement, aide technique, exercices spécifiques, travail de l’équilibre, renforcement musculaire, adaptation des déplacements, recommandations données aux équipes. Chaque action répond à une raison précise.
Pour les professionnels, cette logique est évidente. Pour une famille, elle ne l’est pas forcément.
Un système de suivi permet de replacer chaque intervention dans son contexte. Une aide technique n’est jamais simplement « ajoutée » au patient : elle répond à une difficulté identifiée lors d’une évaluation des déplacements. De la même manière, un exercice réalisé en séance n’est pas un exercice « de sport » : il répond à un déficit repéré lors d’un bilan.
Rendre cette logique visible donne du sens à la prise en charge.
Donner aux familles une vision globale de la prise en charge
La prévention des chutes est rarement l’affaire d’un seul professionnel. Kinésithérapeute, ergothérapeute, médecin, infirmier, aide-soignant interviennent chacun à un niveau différent, et la difficulté est de conserver une vision d’ensemble.
Un logiciel spécialisé peut centraliser les informations pertinentes et permettre de mieux comprendre comment les différentes actions s’articulent.
La famille n’a alors plus seulement accès à une succession de comptes rendus : elle peut suivre une trajectoire — situation initiale → facteurs de risque identifiés → actions mises en place → évolution → nouveaux objectifs.
Une meilleure communication entre professionnels et familles
Cette transparence améliore aussi les échanges avec les proches. La Haute Autorité de Santé insiste, dans son programme Qualité de vie en EHPAD, sur l’importance d’une communication personnalisée avec les résidents et leurs familles, structurée notamment par le projet personnalisé et les temps d’échange réguliers (HAS, Programme Qualité de vie en Ehpad).
Lorsqu’une famille demande « est-ce que maman progresse ? », la réponse ne devrait pas se limiter à « oui, ça va mieux ». Elle peut devenir beaucoup plus concrète :
Lors de la première évaluation, elle rencontrait telle difficulté. Nous avons donc mis en place tel travail. Sur les évaluations suivantes, nous avons observé telle évolution. Nous poursuivons maintenant sur tel objectif.
Cette manière de communiquer permet de matérialiser les progrès, mais aussi d’expliquer les situations où la progression est plus lente ou où un nouveau problème apparaît.
La prévention des chutes ne se résume pas à éviter une chute
Un point mérite d’être souligné : l’objectif d’une démarche de prévention des chutes n’est pas uniquement de compter le nombre de chutes. Il s’agit de comprendre les capacités fonctionnelles de la personne, d’identifier les facteurs de risque, de réduire les situations à risque et de maintenir autant que possible l’autonomie.
Un patient peut donc progresser sans que cela se traduise immédiatement par une « absence de chute ». Une meilleure vitesse de marche, une meilleure capacité à se relever, un meilleur équilibre ou une plus grande autonomie constituent déjà des progrès importants.
C’est pourquoi le suivi de plusieurs indicateurs, et pas d’un seul, est particulièrement pertinent.
Un outil pour rendre visible ce qui est parfois invisible
Le travail réalisé par les professionnels est souvent difficile à percevoir de l’extérieur. Une séance de rééducation dure un temps limité, une adaptation de l’environnement peut sembler anodine, un exercice répété plusieurs fois par semaine peut sembler simple.
Pourtant, chacune de ces actions répond à une difficulté précisément identifiée. Le logiciel de prévention des chutes rend cette démarche plus lisible : il ne remplace pas l’expertise du professionnel, il la rend visible.
Conclusion : transformer les données en histoire de progression
Un bon suivi de prévention des chutes ne devrait pas se limiter à accumuler des résultats. Il devrait permettre de comprendre pourquoi les professionnels agissent, ce qu’ils ont mis en place et quelle évolution est observée chez le patient.
Pour les familles, cette approche apporte une vision concrète de la prise en charge. Pour les professionnels, elle structure le suivi et donne une vision dans le temps. Pour l’établissement, elle valorise une démarche de prévention fondée sur l’évaluation, l’action et la réévaluation.
Un logiciel de prévention des chutes devient alors bien plus qu’un outil de stockage des données : un outil pour raconter et démontrer la progression du patient.
Article rédigé par Bastien Klepper-Bertrand, masseur-kinésithérapeute en gériatrie et créateur de Pas à Pas Software.
La communication avec les familles est une pierre angulaire d’une bonne entente entre l’établissement, les soignants et les familles. Pouvoir s’appuyer sur des ressources facilement compréhensibles par les familles représente un intérêt majeur. C’est pourquoi j’ai directement souhaité intégrer la courbe de progrès et les objectifs dans le logiciel. De cette manière, tout devient bien plus lisible pour tout le monde.
Sources citées dans l’article
1. HAS — Prévention des chutes accidentelles chez la personne âgée (recommandation de bonne pratique) —https://www.has-sante.fr/jcms/c_272503/fr/prevention-des-chutes-accidentelles-chez-la-personne-agee
2. HAS — Programme Qualité de vie en Ehpad — https://www.has-sante.fr/jcms/c_2835485/fr/programme-qualite-de-vie-en-ehpad